lundi, janvier 25, 2010

Un courriel de Gaston Saboulard

Par Mario Rosaldo

Aujourd'hui nous avons reçu ce courriel de M. Saboulard, le quel nous publions immédiatement en espérant que vous le trouverez intéressant et informatif.


lundi, 25 janvier 2010, 01:58 pm


To the responsible of Des Nouvelles sur la generation qui vient,

My name is Gastón Saboulard and I am writing to inform you about ArchMedium, a new project that we just launched with the collaboration of the Architecture School of Barcelona and Polytechnic University of Catalunya.

We organize architecture competitions where only students from any country can participate.

Our goals is to offer students the opportunity to become familiar with this kind of events, see how other students from other parts of the world deal with the same project and at the same time compete to win cash prizes, architecture books, and get their project published on some worldwide known and distributed architecture magazines, something that will definitely make a difference on a student portfolio.

We just opened the inscription to participate in the first competition. The project consists in designing the first Urban Center of Sustainable Transports in Barcelona. You can see all the details in www.archmedium.com

I would like to ask for your cooperation in the task of promoting this event, which we believe will interest a great part of your Blog readers. If you think this event matches your blog theme it would be great if you could publish and entry about it. We would also appreciate if you could forward this information to anyone who might be interested in participating or is in touch with architecture students which might be.


Please don’t hesitate to contact me at any time. Thanks in advance!


Gastón Saboulard


Tel. + 34 667 840 209
C/Duran i Bas 1, 3º1ª
08002 Barcelona
S P A I N

dimanche, août 30, 2009

Nos écrits dans un format plus lisible

Avec l'intention de faciliter la lecture et l'étude de nos écrits, aujourd'hui nous les publions dans cette présentation téléchargeable.Rosaldo, Mario - Des Nouvelles Sur La Generation Qui Vient [2006-2009]

samedi, janvier 31, 2009

À propos de l'objectivité et la subjectivité dans la critique

Par Mario Rosaldo

Souvent, nous considérons comme un fait acquis que, avant de commencer une étude sérieuse de l'architecture, il faut donner une définition complète et claire de son concept. Karl Popper a déclaré que chercher l’essence des choses est un travail plutôt métaphysique que scientifique. Mais les définitions sont utiles dans tous les domaines de la science et de l'art, et cela c'est une chose que personne ne pourra nier. La clé c’est ne pas oublier que les concepts font partie des théories ; un concept appartient toujours à un cadre théorique. En d’autres termes, quand nous choisissons un concept d'architecture établi par un des architectes de renom, nous choisissons aussi la philosophie ou l'hypothèse sur laquelle celui-là est fondé. Le cas n'est pas différent quand nous croyons que nous venons de concevoir une définition propre ; souvent, nous oublions que nous vivons dans une société qui nous enseigne continuellement avec des concepts religieux, philosophiques ou scientifiques ; même les simples relations amicales encouragent l'échange d'idées. Bien sûr, il est exact de dire que nous avons des idées ou des concepts propres de moment que notre contribution à la société consiste surtout à donner variété au point de vue duquel les objets sont observés. Le problème surgit lorsque l'on tente d'établir nos concepts en tant que la meilleure perception de la réalité.

Certains de ces architectes de renom ont préféré ne choisir aucun concept d'architecture ; ils disent qu'ils essayent de travailler avec la réalité telle qu’elle est. Ils supposent que la manipulation directe d'objets permettra de tirer les idées dont ils ont besoin pour créer des dessins ou des projets originaux. Mais même cette approche pragmatique c’est une conception du problème, c’est-à-dire un cadre théorique, une théorie ; appelez-la comme vous voulez, sceptique ou empirique. Ceci est la raison pour laquelle les critiques d'art insistent sur l’étude des concepts inconscients qu’ils pourraient déduire des œuvres, un point conceptuel de départ qu’ils pourraient révéler. Mais les études qui mettent l'accent sur les qualités des œuvres architecturales sont très souvent tentées d'ignorer le débat philosophique et scientifique puisqu’ils sont seulement intéressés aux jugements de valeur, ne pas aux discours théoriques objectifs. C'est en ce sens qu’un critique comme Giulio C. Argan soutenait la thèse que tout dans l’art est toujours lié à des jugements de valeur ; autrement dit, selon Argan, la critique d'art est nécessairement subjective, car elle est une question de goût. Faisant écho à cette opinion si répandue, Charles Jencks a également souligné les aspects symboliques de l'œuvre architecturale, et le talent du critique pour interpréter les œuvres en se basant sur un lyrisme critique et le goût.

Au fond, ce n'est rien d'autre que le vieux débat médiéval entre les Franciscains et les Dominicains. Seule la forme a changé : on discute encore sur la meilleure façon d’appréhender la réalité. Ainsi, le refus de la population de continuer à rechercher la vérité est compréhensible. Mais, il y a un argument que nous devrions examiner avant de prendre une décision radicale. La société a divisé le travail, nous a qualifiés pour mener des activités qui aident à satisfaire nos besoins de base. Cette organisation sociale nous a aidés à développer ce que nous appelons la condition humaine, à savoir notre capacité à produire en tant que groupe d'individus des objets physiques et mentaux non existants dans la nature. Ces capacités ou talents sont différents d'un individu à l'autre, il est donc absolument nécessaire de partager les responsabilités dans le travail d'équipe. En architecture, nous vivons aujourd'hui une division entre ceux qui préfèrent travailler comme des architectes traditionnelles et ceux qui préfèrent s'arrêter pour voir ce que nous pouvons faire de plus afin de participer au développement de nouvelles capacités. Ceci est la raison pour laquelle une étude architecturale qui a l'intention d'exercer une critique rigoureuse, de pratiquer l'objectivité en tant que moyen d'établir le degré de vraisemblance des théories, ne peut pas ignorer les débats au sein de la philosophie et de la science, ainsi que de l'art.

* Publié originellement en Architectural Approach, sous le titre On the Subject of Critique and Criticism.

dimanche, mars 30, 2008

Art, science et simulation

Par Mario Rosaldo


L’insistance de la critique d’architecture de tendance scientiste à exposer ses idées à travers une terminologie formellement similaire au langage scientifique, n’a rien de nouvelle. Cela conduit en général à l’idée équivoque selon laquelle les nouveaux mots ou les redéfinitions abstraites peuvent changer la réalité. L’histoire de la science cependant nous prouve que les changements dans ses concepts et théories n’ont pas eu lieu à l’avance, n’ont pas été la conséquence directe de l’invention de néologismes, ils ont été par contre le résultat d’un long et lent processus d’expérimentation et raisonnement. Seulement lorsque la science s’établit, elle peut épurer le langage commun jusqu’à le faire un langage proprement scientifique. Cela n’a pas eu lieu dans l’ordre inverse. L’actuelle discussion sur l’utilisation appropriée des concepts scientifiques comme conjecture, théorie et méthode scientifique, ou sur les interprétations qu’il faut faire d’eux, appartient plutôt au champ de la philosophie de la science. C'est-à-dire, nous oublions très souvent que la science en tant qu’un concept historique et philosophique diffère beaucoup de la science en tant que la réalité. Nous pouvons fonder nos espoirs et souhaits sur la science, mais dans la pratique la science ne répond pas toujours à nos désirs.

Donc il ne suffit pas seulement d’introduire une terminologie tirée de la philosophie ou de la psychologie pour la faire fructifier dans l’histoire, la théorie ou la critique d’architecture. Il ne suffit pas non plus de définir l’architecture comme une science pour faire disparaître le problème éthique et politique posé par les avant-gardes du début du XXe siècle, ou pour considérer terminés les débats autour de sa définition. Evidement il est tout à fait justifié d’utiliser le qualificatif de science ou sciences de l’architecture, si nous prenons en considération qu’à l’origine le mot art signifiait technique dans le sens de science ou connaissance que l’homme possède pour faire quelque chose avec dextérité et habilité. Mais si l’idée est de comparer l’architecture avec les sciences naturelles, ou avec les sciences sociaux, moyennant l’instauration et l’application d’une terminologie et une méthode scientifique préconçues, alors non seulement nous procédons d’une manière complètement antiscientifique, mais au même temps nous essayons d’écarter la possibilité d’un débat comme celui-là qui a accompagné l’établissement de la science pendant les XVIe, XVIIe, et XVIIIe siècles.

Dès commencement, l’art a participé dans ce débat tantôt pour se définir comme partie de la nouvelle science, tantôt pour défendre son héritage métaphysique. Pour l’art, ce débat qui a été l’origine de sa théorie et de sa critique, n’a pas encore finit. Voyons cela rapidement. En 1550 Giorgio Vasari (1511-1574) énonce la thèse selon laquelle les anciens et modernes (dans ce cas les artistes toscans) possèdent une science et une technique qui surpassent « le travail germanique du temps des gothiques », lequel il considère d’ailleurs empirique et improvisé : un empilement de pierres sur pierres. Ces indices d’expressions nationalistes et de réflexions rationalistes vont se présenter avec une plus grande intensité pendant les XVIIe et XVIIIe siècles.

En France la querelle des anciens et modernes aide à centrer la discussion plus dans la manière de relier l’art avec la science que dans la négation de la possibilité de cette relation. A partir de ce moment là elle commence la recherche des lois ou règles de la beauté, et elle aboutit immédiatement dans la théorie du goût. En 1683 Claude Perrault (1613-1688) expose sa théorie conformément laquelle l’architecture moderne peut s’éloigner des usages de l’architecture ancienne parce que l’art comme la science exige un perfectionnement constant. En 1714 Sébastien Le Clerc (1637-1714) soutient que les proportions des ordres classiques dépendent du bon goût de l’architecte, raison pour laquelle l’éducation de celui-ci doit se fonder sur des connaissances pratiques et sur la considération de la géométrie en tant qu’un simple point de départ. Ces théories vont contribuer sans doute à faire que l’architecture française expérimente un développement très particulier, relativement distancié de l’italien.

En Allemagne, en 1764 Johann Joachim Winckelmann (1717-1768) choisit une base empirique pour son étude de l’histoire et la critique d’art, en même temps que son étude de la sculpture grecque et romaine prouve que l’évolution de l’art n’est pas nécessairement progressive. En 1766 Gotthold Ephraïm Lessing (1729-1781) opte pour l’étude raisonnée des textes classiques à fin de démontrer « que, chez les anciens, la beauté était la loi suprême des beaux-arts ». En 1790, Immanuel Kant (1724-1804) développe l’idée de l’autonomie de l’art, en affirmant que celui-ci ne vaut pas à cause de son utilité, mais du plaisir qu’il occasionne ; que l’art n’est pas un métier salarié, mais un travail libre. En Angleterre, en 1815 Samuel Taylor Coleridge (1772-1834) esquisse sa théorie d’une logique spéciale pour l’art, aussi rigoureuse comme le raisonnement scientifique. En 1843 John Ruskin (1819-1900) argumente que la vérité de la nature peut être déchiffrée seulement par les sens éduqués du peintre. En Allemagne, en 1886 Friedrich Wilhelm Nietzsche (1844-1900) expose qu’être un scientifique dans l’art est l’interpréter ou l’étudier à partir du sens original de la vie, à partir de ce que la vie est quand il cesse la conscience morale chrétienne.

En France, en 1870 Hippolyte Taine (1828-1893) propose l’étude du milieu où l’artiste est né, à fin de pouvoir déterminer l’expérience psychologique qui amène l’artiste à la conception de son œuvre. En 1874 Claude-Oscar Monet (1840-1920) imprime un changement au réalisme dans la peinture en se concentrant dans l’étude du plein air, dans les effets fugaces de la lumière sur le paysage. La désapprobation publique à la nouvelle peinture amène Monet, Alfred Sisley (1839-1899), Camille-Jacob Pissarro (1830-1903), Auguste-Pierre Renoir (1841-1919) et Berthe Morisot (1841-1895) à assurer que le peintre impressionniste est parfaitement sincère, qu’il ne peint que ce qu’il voit, qu’il est fidèle à la nature. En Allemagne, en 1881 Konrad Fiedler (1841-1895) répond aux impressionnistes que la perception visuelle est un processus bien plus complexe que le simple acte de voir. En 1893 Adolf von Hildebrand (1847-1921), en coïncidence avec Fiedler, suggère appuyer l’appréciation esthétique non plus sur la vue mais sur le toucher, ou mieux dit, sur une perception tactile ou tridimensionnelle de l’objet. En 1896 Alois Riegl (1858-1905) essaie d’établir une histoire de l’art appuyée sur des valeurs objectives ; il étudie les styles y leurs variantes formelles à travers l’historie et il conçoit l’idée selon laquelle les intentions révèlent une volonté de forme.

Dans le XXe siècle la tendance centrale du Mouvement Moderne est celle d’établir une alliance entre le composant spirituel de l’artiste et une pratique sociale objective. Au cours de la première moitié de ce siècle la critique d’art est profondément influencée par la psychologie, la psychanalyse, la linguistique, le marxisme et l’anthropologie. Mais à partir des années 1960 les influences proviennent essentiellement de deux tendances, la libérale représentée par les philosophes comme Gaston Bachelard (1884-1962), Karl Popper (1902-1994), Hannah Arendt (1906-1975) ou Isaiah Berlin (1909-1997), et la poststructuraliste avec des philosophes comme Michel Foucault (1926-1984), Gilles Deleuze (1925-1995) ou Jacques Derrida (1930-2004), qui sont à la tête de ce qui - dans ce moment là - est supposé être une option aux extrêmes de la droite et la gauche.

Cette variété d’approches qui prétendent être fondées sur des visions scientifiques de la réalité, qui prétendent que la science n’est pas exempte des influences des mouvements spirituels, ou qui réduisent l’étude de la réalité à celle du langage ou de la connaissance, génèrent directement ou indirectement dans la critique d’art, dans la critique d’architecture, des attitudes tant rationnelles qu’irrationnelles, tant empiriques que métaphysiques. C’est pour cela que la critique est parfois encline à statuer l’idée d’une science de l’art tout à fait différente de la science de la nature. C'est-à-dire, une science dans laquelle l’irrationnel aille de la main avec le rationnel, ou l’empirique avec le rhétorique. Mais nous ne pouvons pas en aucune façon considérer cette inclination -parfois éclectique, parfois relativiste- comme la seule et la meilleure manière de voir l’art. Il est préférable en tout cas d’admettre que le débat en question continue, que la dernière parole n’a pas encore été donnée. Ce que nous ne devons jamais permettre c’est que la critique devienne une simulation, une parodie facile dans laquelle l’effort et l’étude laissent sa place au bavardage. La critique feinte cherche seulement miner le droit et la liberté des individus à exprimer systématiquement son désaccord, à soutenir rigoureusement et rationnellement leurs propres points de vue.

vendredi, février 22, 2008

Pour rompre l'inertie et renouveler l'attitude critique dans l'architecture

Par Mario Rosaldo


Si nous nous mettons à étudier sérieusement les théories et les critiques de l'architecture des années récentes, disons, dès années 1980 jusqu'au présent, nous verrons que la sophistication expérimentée dans leurs méthodes, théories et terminologies, peut être attribuée surtout à l'intérêt de s'établir en tant que des paradigmes scientifiques et multidisciplinaires, ou, par contre, simplement en tant que des théories et critiques fondées sur les variantes de ce qu'on appelle l'irrationalisme ou l'antirationalisme. Parmi tous ces extrêmes, nous trouvons en général les attitudes conciliatrices : les solutions qui, en se refusant à prendre parti pour les radicaux ou les réactionnaires, préfèrent le confort de la neutralité, ou même de l'éclectisme. Nous pouvons reconnaître que, au moral, une attitude critique conciliatrice c'est bénéfique et souhaitable, ou que l'idée d'une critique pluraliste, une critique ouverte au dialogue, qui ne choisit pas de positions extrêmes et absolues, c'est très heureuse. Mais, dans les faits, ce qu'on appelle le pluralisme ne comprend pas toujours l'ensemble des critiques; il tend à exclure les monistes et tous ceux qui n'acceptent pas la démocratie libérale. Et quand le pluralisme parle du respect aux rationalistes ou aux idéalistes, selon soit la position défendue, il considère communément que ceux-là sont erronés. L'inclusion pluraliste devient la douane où les sympathisants du libéralisme économique reçoivent un traitement préférentiel. Une conciliation fondée sur une prétendue égalité et compréhension de toutes les opinions, c'est l'imposition à peine dissimulée du vieux relativisme culturel de l'anthropologie académique.

Le dialogue parmi les critiques, comme le dialogue en général, c'est une réflexion sur nos connaissances, mais aussi sur les connaissances de nos interlocuteurs. C'est la réflexion suscitée par la rencontre, ce qui enrichie le critique, ce qui lui donne des enseignements inespérés. Mais l'improvisation n'a pas un lieu dans la méthode, à moins que cette pratique là soit déclarée et ne se la fasse pas passer pour celle-ci. Les théories et les critiques mentionnées étant préoccupées par s'établir comme les paradigmes nouveaux, ont oublié l'étude à fond des sources sur lesquelles elles affirment être basées; elles se sont limitées à recourir aux opinions tierces. Cela a été ainsi parce que, d’un côté, elles ont supposé que leurs appuis théoriques sont les plus avancés et, de l'autre, elles ont été les victimes des pressions et du pragmatisme de notre temps. Elles rayent les théories et critiques d'un trait de plume, en adoptant tout simplement la dernière théorie en vogue. Ils sont rares les critiques qui s'adonnent à l'étude sérieuse de l'auteur discuté, qui considèrent non seulement ce que des autres critiques on dit ou écrit sur cet auteur, mais surtout ce que lui même a exposé. C'est pour cela qu'ici nous voulons inviter les théoriciens et les critiques officiels de l'architecture à laisser parler par soi mêmes aux auteurs qu'ils louent ou ridiculisent. Juger les auteurs à travers les interprétations de tierces personnes de leurs pensées et leurs écrits -soient-elles favorables ou défavorables- non seulement c'est injuste moralement, mais aussi absurde logiquement.

Comme nous ne pouvons pas attendre jusqu'à que cela arrive, ce serait approprié d'inviter aussi le lecteur de théories et critiques à faire lui même ses études ou recherches et à ne pas dépendre exclusivement sur les opinions tierces, même s'il s'agit des spécialistes renommés de certain auteur. Ce n'est pas question de laisser de côté les théories et les critiques existantes, mais de les confronter et soumettre à une étude qui souligne leurs réussites et leurs échecs, leurs avantages et leurs limitations. Recourir à l'excuse facile selon laquelle les théories et critiques vieilles, ou qui traitent sur des sujets vieux, sont déjà dépassées -et par conséquent leur étude n'est plus nécessaire- c'est un paradoxe montrant au moins que nous pensons conforme à l'époque, que nous n'avons pas d'idées propres, que nous ne sommes pas originaux, que nous sommes portés par le courant dominant et par l'inertie des habitudes. L'étude critique des sources classiques, ou des auteurs qui sont les points de repères essentiels de la critique d'architecture et, en général, de toute critique, c'est utile d'abord pour vérifier qu'est-ce que ces auteurs ont vraiment dit sur un sujet déterminé, et ensuite pour esquisser notre propre point de vue à ce sujet, soit qu'il se réfère aux interprétations de tierces personnes, soit qu'il se réfère à la pensée même de telles sources ou points de repères traditionnels. La seule méthode sûre pour devenir un critique attentif et créatif, c'est une pratique persévérante de l'étude : en recherchant, explorant, comparant, mais surtout ne se limitant pas à répéter ce que les autres disent, n'adoptant pas ni défendant les théories sans avant les questionner à fond.

Nous avons dit dans l'article précédent qu'une critique est seulement un essai, une approximation provisoire; mais nous ne pouvons pas dire qu'il n'importe pas de savoir qui est l'auteur, car la véracité de la critique, ou le manque de cette véracité est déterminé par la tendance théorique et politique de celui. De toute façon, malgré que ce soit vrai que les critiques se distinguent selon la qualité, la rigueur ou le sérieux avec lesquelles elles sont réalisées, ceci n'est pas en rapport direct avec la renommée de l'auteur que d'une manière exceptionnelle, soit dans notre cas un architecte, un historien ou un philosophe. La plupart du temps les critiques deviennent des modes parce qu'elles abordent des thèmes, ou elles utilisent une terminologie, qui surprend agréablement le public avide de nouveautés et d'irrévérences contre la rigidité de l'académie et, en général, de toutes les institutions de l'État et la société. Mais, après que l'étape ludique -et au même temps révérencielle- des critiques favorites d'une époque soit passée, le public découvre que celles-ci avaient été, parfois du commencement même, l'objet d'étude de la critique adverse. Ainsi donc, nonobstant les bonnes intentions, ou pour le manque d'elles, beaucoup de critiques -et aussi beaucoup de théories- deviennent de vrais rideaux de fumée qui découragent et désorientent les lecteurs en les éloignant de l'étude des sources classiques, des points de repères essentiels, car elles font paraître l'étude une question d'initiés et prédestinés. De manière volontaire ou involontaire, elles deviennent un obstacle à sauter, au lieu d'être un aimant attirant de l'intérêt général.

Cela signifie que l'architecte ou l'étudiant d'architecture qui veut rompre l'inertie ou qui a besoin de renouveler son attitude critique, devra commencer à confronter les théories et les critiques, qu'il a appris, avec les sources sur lesquelles les auteurs se basent ; il devra lire et étudier consciencieusement les textes originaux de telles sources afin d'être en position de déterminer si l'interprétation les rend justice ou les déforme, si elle apporte quelque chose de particulière ou pas. Également, il devra identifier les affiliations théoriques et politiques des auteurs, afin de savoir qu'est-ce qu'il a de commun ou de différent avec eux. Il peut prendre parti pour une ou autre tendance, ou essayer de rester dans la neutralité. Justement il fait partie du débat, l'opinion soutenant que l'objectivité est possible seulement si l'on ne prend pas parti, si le critique reste neutre et étranger ; et l'opinion soutenant qu'il n'y a pas d'objectivité si l'on ne reconnaît pas le rôle que la subjectivité joue dans le processus de la connaissance, si l'on n'accepte pas que le critique est habituellement engagé dans l'objet de son étude. Un argument contre ces opinions est celui qui soutient que seulement la subjectivité peut nous faire pressentir la nature humaine et ses créations. La seule manière de comprendre chaque position critique est se mettre à sa place, et cela signifie prendre parti, même si c'est seulement de façon temporaire. Évidemment, dans la pratique on peut choisir un parti, ou aussi une position indépendante ou neutre, sans avoir connu vraiment le contraire, mais dans la critique, et dans la théorie, la connaissance est la base de la réflexion. C'est nécessaire d'étudier sérieusement chaque position dans le débat critique.

On peut étudier les sources ou les repères classiques séparément, conforme à nos nécessités, mais, pour éviter la déformation de leurs thèses centrales, il est préférable d'étudier les sources d'abord en fonction d'elles mêmes, c'est-à-dire, c'est mieux suivre leur propre discours jusqu’à établir quelles sont les thèses soutenues ou quelle est la théorie qu'ils essaient de développer: clarifier ce qu'ils veulent dire. Une fois qu'on a accompli ce travail, c'est le moment de réfléchir sur le matériel qui a été produit par notre étude, en le confrontant toujours avec le discours étudié. Nous pouvons considérer tout cela uniquement comme une première rencontre avec un auteur déterminé et travailler pour le moment avec les premières conclusions obtenues, en sachant qu'elles pourront être modifiées après une deuxième ou une troisième étude. Si ces conclusions sont exposées en public, nous pouvons l'avertir qu'elles sont provisoires ou qu'elles feront l'objet d'une révision future. C'est caractéristique de notre époque considérer d'avance que les théories et les critiques architecturales, qui nous lisons, sont déjà des résultats finals et, donc, des points de départs inamovibles. Quelques auteurs, même en considérant leurs conclusions toutes provisoires, les défendent comme si elles étaient irremplaçables et irréfutables, comme si elles étaient les dernières et définitives. C'est évident qu'une campagne pour populariser nos conclusions ne les fera pas plus objectives, ni plus scientifiques, mais cette campagne peut amener la critique dans une impasse, car celle-là fait croire au public qu'en dehors de cette théorie il n'y a pas d'autre. Evitons d'agir ainsi.